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Où est passé l’Ayiti nou vle a?

Publié par Shoomeatove le

Ma mémoire a enregistré quelques bribes d’une journée. Je devais avoir plus de 2 ans environ. Ma mère est venue apporter, dans un pot de couleur vieux rose,  de l’acassan. On est à Jérémie, chez ma marraine. On fermait les fenêtres, les gens autour de moi étaient ébahis et heureux à la fois. En grandissant, j’eus la certitude que ce jour enregistré par ma mémoire de bébé, fut le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier. C’est le seul souvenir que j’ai qui date d’avant mes 4 ans. J’en conclus que ce jour devait vraiment me choquer.

Puis, je me souviens aussi des concerts de Michael Jackson diffusés à la télé. J’en tremblais, j’avais peur de lui, son énergie, son aura, tout ce qu’il dégageait  étaient trop pour ma sensibilité d’enfant de moins de 8 ans. Michael Jackson me fascinait.

Pourtant, enfant, l’un des moments qui m’a marqué le plus fut l’année 1991. En cette période, j’étudiais intérieurement les adultes. Leur attitude me rendait curieuse. Je posais beaucoup de question à mon père. Mais je crois que c’est ma mère qui m’a expliqué tout ça finalement, je me souviens encore de ces mots : « Il sera un sauveur pour Haïti ma fille. Titide est celui qui va venir sauver notre pays de la pauvreté ».

Je n’ai plus posé de question. J’avais 7 ans et je dévorais chaque apparition du prêtre à la télé avec une ferveur incroyable. J’avais compris ce qui animait les adultes, j’avais trouvé la cause de tant de passion. C’est la première fois et franchement la seule fois où j’ai vu le mot espoir sortir de son abstraction pour devenir si palpable. L’espoir courait les rues, l’espoir était noir et sentait la sueur, l’espoir était une foule déchaînée, poussiéreuse qui hurlait, qui scandait, qui réclamait une vie meilleure. J’étais du côté de l’espoir.

Depuis, je n’ai connu que chaos. J’entendais des mots nouveaux, comme : embargo, exil, coup d’état, « dechoukay « mon enfance a connu des moments troublants…Comme la fois où ma famille a dû partir en pleine nuit se cacher à la campagne pour éviter je ne sais quel danger qui pendait à notre nez, tout un trimestre de vacances scolaires!

Je suis de la génération qui a connu les ténèbres. Une forme de résistance qui consistait à frapper les surfaces pour créer du bruit. Chaque midi, j’ai vu les gens interrompre leurs activités pour «  battre les ténèbres ». La cause m’est inconnue encore aujourd’hui…mais j’avais compris que c’était le contraire de l’espoir. Tout le monde s’y mettait à midi tapante, métal, bois…un bruit assourdissant pour crier leur désespoir.

Cela ne s’est jamais arrêté, c’était toujours ainsi…les crises se multipliaient, les nouvelles de morts de jeunes militants, de massacres dans des quartiers populaires, de marchés en feu, d’assassinats d’activistes politiques…on grandit, on grandit au milieu du chaos…nos rêves sur pause à chaque crise socio-politique, l’avenir si incertain, l’espoir perdu en chemin.

30 ans plus tard, nous n’avons pas bougé. Le même film tourne en boucle. Toujours, le même scenario pourri.

Meurtres, assassinats, vols, pillages, casses, abus, corruption, impunité, insécurité, inflation…

Les mêmes mauvais acteurs. Les mêmes victimes.

Ce système nous a vu grandir, on a vu ce système gagner en terrain. On l’a vu tuer nos frères et sœurs, on l’a vu enlever l’espoir à une mère qui devait enterrer son fils, on l’a vu poignarder dans le dos ceux et celles qui osent lui tenir tête, on l’a vu voler l’enfance de ces garçons et fillettes trop pauvres pour fréquenter l’école, on a vu le système décider pour notre jeunesse, nous enlever le droit à la santé, l’accès aux soins, le droit d’entrer à l’université, le système nous purge,  ne nous fournit pas l’électricité ni les routes, ni la sécurité, ni l’emploi. On l’a vu corrompre des frères, des pères, des mères de familles, alimenter la peur dans nos tripes, violer nos femmes, faire disparaître nos amis, on l’a vu nous dépouiller de tous nos droits, on l’a vu en finir avec notre dignité humaine!

Mais jusqu’où ira notre résilience ?

Haïti est ce volcan bouillant d’inégalités sociales, ce feu liquide qui suinte l’injustice sociale, ce foyer qui génère la misère la plus vile pour une majorité, pendant que l’oligarchie continue tranquillement de dealer notre héritage.

Jusqu’où ira notre résilience de peuple ? Qui viendra nous réveiller de notre torpeur ? Quel est ce sauveur qui nous conduira vers l’espoir ?

L’espoir que nous pouvons renverser ce système macabre ?

Où est passé l’ AYITI NOU VLE A ?

J’espérais une nouvelle génération de leaders, des leaders avec des idées certes, mais des leaders engagés, prêts à monter au créneau et sortir leur partition. Il est temps pour nous de monter sur scène. Ce moment c’est le nôtre. C’est le bon momentum pour le tabula rasa !

On ne veut plus que des bandits sortent de leurs terroirs pour négocier avec une quelconque communauté internationale qui n’a pour but que de nous enfoncer dans notre merde. Il est temps pour vous de sortir de l’ombre et de prendre en main le destin de la nation. C’est le moment de la révolution, pas de la constitution !

Ce que nous voulons, ce n’est pas tant que ça des voitures calcinées, des magasins pillés, des routes bloquées…

Nous voulons tout ça et encore plus ! Nous voulons le pouvoir de changer les choses, de changer les séquences du film, nous voulons un nouveau scénario, nous voulons l’espoir pour nos « Chovis ».

Nous devons avoir un plan, des valeurs, et des soldats prêts pour la lutte…mais surtout de nouveaux acteurs !

Qui remplacera les malfrats qui nous ont pillés depuis plus de trente ans ? D’autres malfrats encore plus sordides ?

Aujourd’hui, que répondrons nous aux enfants qui nous demandent des comptes ? Ma mère avait une réponse, elle n’était peut-être pas la bonne, mais elle savait quoi me répondre, elle avait l’espoir. Et nous, qu’est-ce que nous avons, que voulons-nous, quelle est notre cause ?

Qui est notre sauveur ? A qui allons-nous confier les rênes de ce pays ?

Il est de notre devoir, envers nous, notre histoire de peuple, envers la génération à venir  de faire un choix, celui de livrer ce pays encore une fois aux affres du système, ou de PRENDRE LE POUVOIR. Le pouvoir de changer les choses. De transformer le cours de notre nation. Il est primordial de préparer l’après. Sinon, nous aurons brulés, cassés, pillés, saccagés, manifestés, pour rien. Nous aurons perdu des frères et sœurs de combats pour rien. Il est fondamental de designer le leader de l’Ayiti nou vle a !

Qui est cette femme, cet homme, ce groupe de jeunes qui forceront les portes de l’espoir pour affranchir la nation ? Tâchons de répondre à cette question avant qu’on ne décide pour nous.

Construisons l’AYITI nou vle a. Prenons Haïti en otage pour le meilleur !

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Shoomeatove

Meem Shoomeatove a une formation en Journalisme/Communication-Marketing/Management. Une passionnée de photographie et d'infographie, elle s’intéresse aussi à l'écriture. Ex Animatrice de l' émission radiophonique ''Le Coach Magazine'' sur RFM 104.9/ www.rfmhaiti.com , elle est aussi organisatrice d'évènements socio-culturels. Depuis août 2017, elle endosse un nouveau rôle dans sa vie: maman d'une petite fille! Elle la surnomme '' Boule de joie''. Bienvenue dans son univers entier!

1 commentaire

La collation de mon mariage! · 17 février 2019 à 19 h 02 min

[…] la situation du pays me préoccupait beaucoup et les fréquentes coupures du réseau internet n’arrangeaient […]

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