Je suis une maman Kangourou!


Evidemment, je suis nostalgique!

Ce dimanche 27 mai marque une grande première dans ma vie. C’est la fête des mères et me voilà à la fois enfant, célébrant ma maman, les mamans de ma vie et maman, jouissant moi-même de ce jour si particulier.

Je suis maman, mais le chemin ne poussait pas que des roses. J’ai connu plusieurs batailles pour y arriver. Il y en a que je choisis de taire en ce moment précis. Il y a des victoires qui effacent toutes les blessures, qui font disparaître d’anciennes cicatrices. Il y a de ces victoires dans la vie qui nous font oublier des douleurs pourtant vives. Cependant, je suis nostalgique de certaines batailles.

Nostalgique ici, prend le sens de reconnaissante. Non. Je suis nostalgique et reconnaissante. Juste deux mots. Il n’y a aucune raison de les fusionner, les confondre. Juste deux sentiments distincts.

« J’ai le souvenir que j’étais soulagée. Quand l’infirmière me cria: Madame, tu vas écraser la tête de l’enfant si tu ne pousses pas… j’ai eu peur que cela arriva pour vrai. La menace a eu effet, et j’ai poussé le dernier cri qui restait de mon âme, de mon corps qui souffrait dans l’attente, qui faisait le travail depuis tantôt 5 jours »

Ma fille est ainsi né. Aucun cri. Rien. Que des gestes rapides. Brutes. Du silence. Des chuchotements. Des regards las. Rien. Rien que des fils. Des matériels en inox. Des appels. Rien. Je suis allongée, les jambes encore écartées, la bouche sèche. Les yeux fixés sur la tablette d’en face. Le médecin n’arrive pas encore. L’infirmière se démène seule. Je compte les secondes. Et on l’emporta. Toujours aucun cri…mais un cœur qui refuse de sombrer.

-Bienvenue à la salle de Néonatologie. Voici les règlements à suivre.

-Sinon?

-Sinon!

J’avais besoin de demander. De savoir si la vie de mon bébé dépend de cette blouse obligatoire à porter, de l’horaire affichée sur la porte ou sur l’interdiction de rentrer en salle avec mon sac à main. J’avais grandement besoin de comprendre, où se cache cette joie inexplicable, ce moment infini de tendresse, ce rire entre les larmes et la sueur, ce moment où l’on entend le premier cri, ce cri qui dit…tu es maman. Tout est différent quant ton enfant arrive prématurément, ne comptant pas plus 1.5 kg.

PSX_20180324_013801

Et c’est là qu’aujourd’hui, un peu nostalgique tu exprimes ta reconnaissance. C’est en regardant le chemin parcouru: N’avoir jamais touché ton enfant depuis 5 jours, cette boîte transparente comme frontière, le tube à oxygène qui remplace tes seins,  les jours et les nuits qui se ressemblent pendant 22 jours, les pleurs dans les couloirs, les moments où « être forte » est la seule option qui te reste pour faire jaillir la vie, pour réveiller le droit de vivre, pour procurer la joie de vivre. Tu as une soudaine envie de crier merci. Plus fort.

« Et je suis particulièrement reconnaissante pour cette méthode, qui a contribué a sauvé la vie de mon bébé. La méthode KANGOUROU. Je l’ai tenu quasiment tout le temps sur mon ventre. A l’intérieur de mes vêtements. Nous restions ainsi, peau contre peau. Je lui procurais la chaleur de mon corps, et je m’assurais de son souffle. J’écoutais les battements de son cœur. Je la sentais grossir, grandir, vivre…comme si je la portais encore en moi. Comme si ce cordon nous liait encore. Nous partagions ce lien unique. Je la nourrissais de ma chaleur, elle s’enivrait de ma vie. Nous partagions la vie. J’étais enfin une mère. « 

PSX_20180324_011118

La méthode Kangourou, expliquée ici.

Longtemps j’ai cherché les mots pour expliquer ce bonheur. Celui d’avoir pu réussir à donner la vie. Longtemps je cherche à exprimer ma joie. Celle qui transcende tout.  Les mots étaient absents. Il fallait que je vive ce bonheur, cette joie avant d’en parler. Aujourd’hui les mots sont venus à moi, parce que je suis dans le bonheur total. Ma vie de maman me comble et dépasse toutes mes espérances.

Je veux partager ce bonheur avec toutes les mamans de la terre, celles qui jouissent, celles qui souffrent…parce que rien, vraiment rien ne pourra nous enlever ça. Malgré les embûches des fois, les aléas d’autres fois, les peurs, les doutes, les pleurs, les douleurs…les rires, la tendresse, le bonheur, les bons moments…malgré nos vécus différents…nous détenons toutes une vérité universelle: Nous sommes la vie, nous donnons la vie!

Bonne fête à toutes les mamans!

IMG_5176

Cet article je le dédie aux infirmières et médecins de la salle de néonatologie et de la salle kangourou, au personnel de la maternité de l’hôpital Saint-Damien, Nos petits frères et sœurs en Haïti. Toute cette équipe s’est battue autant que ma fille et moi pour la survie. Je les ai vu faire le miracle que Dieu avait ordonné. La vie a jailli!

J’espère que vous recevrez cet épanchement de cœur pour ce qu’il est. Juste un témoignage spontané , juste un canal pour dire merci à la vie.

edit

Maman ou pas…accepteriez-vous de me dire en commentaire pourquoi vous vous sentez reconnaissant envers la vie? Je serais tellement heureuse de vous lire et de pouvoir discuter avec vous de gratitude.

Gros bisous!

 

Publicités

9 réflexions sur “Je suis une maman Kangourou!

  1. Déus Deronneth dit :

    Mwen pran tanm pou mwen li tekx ou a Meem,
    Li ase fò yon tisaj mo yo pou mwen jwenn gou ak kouraj pou mwen ale jiskobou.
    Tekx la fèm konprann konbyen li te difisil pou ou te rive transmèt lavi e kreye yon lòt lavi ki se derive ou,
    Tekx fèm santi se tankou m te viv saw viv yo.

    Ou vin agrandi lis eroyin yo, ou se yon lòt kreyatris.
    Mwen swetew bòn fèt.
    Mwen swete tout maman, tout majisyèn lavi sa yo bòn fèt.

    Aimé par 1 personne

  2. Walande P. CHARLES dit :

    J’ai pris le temps de lire et de relire le texte, et j’ai analysé presque tous les mots forts attribués à ce moment. Chaque maman a une histoire parfois semblable avec une petite touche de différence, se sak fè nou tout SPÉCIALE. Genyen se nan grosès yo, yo pase mizè, genyen ki pot pitit la byen men akouchman pa epanye doulè a. Genyen ki soufri ni nan grosès ni nan akouchman. Lè moman delivrans lan vini, ou di oufff!!! Ou pran yon souf men travay la fenk kòmanse ou non konba jis ou antre anba tè. Wap veye pouw apiyel, poul rale, poul kanpe, poul mache poul si poul sa…. Enfin les mamans sont incomparables, dòmi mèt ap pete jew ou pa fouti fèmen jew toutotan bbw pa dòmi. Mwen reyalize manman pa janm dòmi vre, kouw tande krik ou te gentan sou de pyew. Félicitations à toi Meem pour cet article. Bonne fête à toutes les mamans du monde!

    Aimé par 1 personne

  3. Sophya Elourdes Fleurima dit :

    Wowwww!très touchante ton histoire Meem et je te remercie pour ton témoignage car celà m’a beaucoup fait réfléchir j’avais beaucoup souffert aussi dans mon accouchement et même failli mourir si ce n’était Dieu et l’infirmière qui m’avaient aidés.J’étais tellement traumatisée que je ne voulais plus allaiter mon fils car j’ai failli l’étouffer avec mes seins mais maintenant Il est ma raison d’être.Encore Merci Meem.

    Aimé par 1 personne

    • Shoomeatove dit :

      Wow Sophia, toi aussi tu me touches bcp avec ton histoire. Moi aussi je n’ai pas pu allaiter ma fille à causes de traumatismes. Mais ça ne change rien à notre amour inconditionnel pour ces loulous! C ‘est tellement vrai! Bonne journee de fête ma belle!

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s